Tant par ses talents de chanteuse et de guitariste, que par son charisme et son humour, Katerina Fotinaki, compositrice et interprète d’une grande élégance, accompagnée de Louise Jallu au bandonéon et de Michalis Katachanas au violon alto, nous promet une très poétique soirée grecque, le 31 juillet, au théâtre du Nymphée à Vaison-La-Romaine, où elle interprétera les chansons de « Tzitzikia » (les cigales), son magnifique album produit par Accords Croisés.
Dans l’interview qu’elle a accordé à « La Gazette Locale », Katerina Fotinaki apporte à nos lecteurs l’authenticité du vécu actuel de ses compatriotes grecs, confrontés à une situation que, les autres peuples européens s’ils n’y prennent garde, pourraient bientôt tous connaître… à commencer par les pays de l’Europe du Sud.
LGL — Vous semblez particulièrement apprécier Vaison-la-Romaine où nombreux seront celles et ceux qui auront plaisir à vous retrouver, cette fois en soliste, après vous avoir découvert aux côtés d’Angelique Ionatos. Avez-vous un message particulier à adresser aux Vaisonnais ?
Kaerina Fotinaki – J’ai effectivement, aux côtés d’Angélique Ionatos, déjà participé à deux concerts au Théâtre du Nymphée. Mais j’ai eu aussi le privilège de conduire un projet pédagogique auprès de 110 élèves des classes maîtrisiennes des écoles élémentaires de Vaison (année scolaire 2012 -2013). Mes séjours réguliers dans la cité voconce tout au long d’une année scolaire m’ont permis d’apprécier un rythme de vie, que hélas, nous avons perdu dans les grandes villes. Les relations avec les élèves et avec leurs professeurs de musique sur place se sont toutes déroulées dans le calme et la bonne humeur. Avec aussi beaucoup d’humour, même chez les plus petits. La qualité d’écoute et la profonde participation de tous ont permis des résultats qui ont dépassé tous mes espoirs. Je reviens donc à Vaison avec un plaisir non dissimulé. J’ai hâte de reconnaître des enfants avec qui j’ai travaillé, et bien sûr de revoir leurs si sympathiques professeurs qui exercent leur métier avec ce calme qui m’a tant impressionné.
LGL — Compositrice, guitariste, auteure, interprète : votre concert « Tzitzikia » reflète tous vos talents et fait de vous une lumineuse ambassadrice de la culture grecque authentique. Quelles sont vos relations actuelles avec votre pays natal ?
Katerina Fotinaki – Avec Internet et les facilités de communications qui se sont développées (notamment le low-cost aérien), j’ai l’impression de ne pas avoir quitté la Grèce, où je me rends fréquemment, même si je suis résidante française depuis 9 ans. Cette année j’ai ainsi enseigné la musique, niveau master 2, à 15 comédiens professionnels du théâtre National à Thessalonique. A raison de 7 heures de cours par jour, 2 semaines par mois tout au long de l’année, je dois vous avouer que je ne suis pourtant toujours pas payée, comme d’ailleurs tout le monde, ou presque, en Grèce aujourd’hui dans le domaine de la culture.
Mais ce n’est pas la première fois que j’ai été touchée par l’austérité imposée à notre pays. Lauréate en 2012 du concours national de composition, organisé par la Fondation Onassis et la Radio-Tv nationale, je n’ai toujours pas reçu le prix de 7000 euros qui était prévu pour la production d’un nouveau disque…
Un grand espoir m’a saisi, comme la majorité des Grecs, suite à la nette victoire du Non au référendum du 5 juillet dernier. Espoir malheureusement trop vite retombé. J’étais justement en Grèce pour voter. J’ai alors pu constater l’inimaginable propagande des grands médias pour le Oui. Tous défendaient cette thèse à 80 % de leur temps et de leurs pages. Les partisans du Non ne pouvaient même pas s’exprimer, ils étaient systématiquement interrompus et contredits dans leur argumentation… Et pourtant : avec les banques fermées, des queues de 2 H pour retirer 60€ aux distributeurs automatiques, des magasins fermés et des supermarchés dépouillés de leurs produits de première nécessité, les Grecs ont voté Non, las de souffrir de l’austérité. Laquelle leur a pourtant aussitôt immédiatement été réinfligée avec encore plus de sévérité. Dans le rapport de forces qui s’est institué envers et contre tous, en dépit du vote démocratique de tout un peuple, il s’agit toujours de démontrer à tous les Européens que, face à la finance internationale et à l’économie libérale, plus personne n’a le droit de bouger le petit doigt.
LGL — Que pensez-vous que nous, Français et plus généralement Européens, pouvons faire pour manifester notre solidarité au peuple grec, « otage du terrorisme libéral » comme l’a si bien titré « l’Humanité Dimanche » ?
Katerina Fotinaki – Maintenant, je ne suis plus du tout optimiste. Ce n’est pas seulement par rapport aux Grecs que la solidarité devrait s’imposer, mais par rapport à tous les Européens. La démocratie a-t-elle encore un sens aujourd’hui dans l’UE ? L’Union Européenne a-t-elle pour seule raison d’être de protéger les banques, ou sa vocation n’était-elle pas plutôt de protéger les peuples ?
La Grèce souffre gravement aujourd’hui, aussi gravement qu’en période de guerre. Et pourtant les Grecs sont des gens extrêmement généreux, et parmi eux, les plus pauvres sont aussi les plus généreux. Non, les Grecs ne sont pas la honte de l’Europe, comme a osé me l’écrire un correspondant anonyme. J’invite personnellement ce courageux interlocuteur chez moi, dans ma famille, en Grèce. Et ensuite, on pourra reparler de ce qu’est la honte de l’Europe. Ce qui est en danger actuellement en Europe ce ne sont pas les finances. C’est la paix. Si on en arrive à préconiser une Europe à deux vitesses, à confronter l’Europe du Sud à l’Europe du Nord, le risque de déflagration ne sera pas anodin.
Pour conclure, si j’ai un amical conseil à donner aux Français, ainsi qu’à tous les Européens, c’est de ne plus faire aveuglément confiance à ce que propagent à longueur de pages et d’émissions politiques ou économiques les grands médias. Essayez plutôt de vous rendre compte de la réalité grecque par vous même, en voyageant sur place. Je vous jure qu’en plus vous n’en reviendrez pas déçus. La convivialité grecque est contagieuse. Et c’est tant mieux !
LGL
Concert de Katerina Fotinaki, 31 juillet, à 21 h au Théâtre du Nymphée de Vaison. La billetterie est ouverte à l’Office du Tourisme de Vaison et à l’entrée du théâtre le soir même, à partir de 18 h. Réservations également sur www.digitick.com, Fnac, Carrefour Géant, Magasins U, Intermarché, www.fnac.com, www. Ticketnet.fr et www.billetreduc.com




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