Lucien Grangeon a fait dans son livre écrit à la Libération, « Histoire du maquis Vasio », le récit de la journée du 10 juin 1944 tel qu’il l’a vue en tant que chef de ce maquis. Les FFI ayant appris le débarquement de Normandie de prépare au combat. Soixante à soixante-dix maquisards sont rassemblés au Laquet, à Barbano. Le 8, ils apprennent que des ponts sautent. Ils reçoivent vers minuit l’ordre d’entrer en action. Ils se rendent à Vaison, réveillent les imprimeurs et font imprimer des affiches appelant les hommes aux armes. « Tout ce qui rappelle Vichy est arraché ». Des barrages sont mis en place à Mars, Théos, Champ-Ferrand (route de Malaucène)…
Le 9 dans la matinée, les Résistants expliquent au maire qu’ils ne se battront pas dans le village, et ils arrêtent quelques collaborateurs. Le restaurant Gervis (actuellement Comptoir des Voconces) ouvre sa table aux maquisards. « L’enthousiasme est indescriptible ». Au barrage de Théos, un officier allemand arrivé en voiture est abattu, avec le civil qui l’accompagnait.
Le 10, la pluie arrive. La résistance dispose de dix-huit fusils mitrailleurs, de deux mitrailleuses, de 9 mortiers, de fusils, de mitraillettes et de grenades. Deux camions ennemis se présentent route de Séguret et sont arrêtés, au prix de trois FFI et un vieillard tués, tandis qu’une autre colonne arrive par Malaucène. Ils sont « entre 1200 et 1500 hommes ». Au barrage de Tarrain (route de Malaucène, commune de Crestet), plusieurs résistants sont tués par les Allemands. Une stèle commémore leur sacrifice, et une cérémonie y a lieu chaque année. L’ordre de décrocher est donné à 16 h 30, tandis que l’artillerie allemande bombarde Vaison à partir du Plan de Dieu, avec des obus de petit calibre.
C’est à 21 h 30 que les Allemands rassemblent les habitants sur la place Montfort, sous la menace des mitrailleuses. C’est sans doute l’épisode de la guerre qui a le plus marqué les Vaisonnais.
Le bilan du 10 juin s’établit ainsi : « pertes allemandes 60, pertes françaises 17, dont 5 maquisards, 9 Armée Secrète et 3 civils ». Un moulin et plusieurs hangars ont été incendiés.
Cet épisode a été l’objet de polémiques après la guerre. Lucien Grangeon se justifie ainsi : « J’ai obéi à des ordres précis, formels (…) Le débarquement annoncé n’a pas eu lieu (…). Il était criminel d’attirer des représailles sur la population. »
LUCIEN GRANGEON – BIOGRAPHIE
Né en 1911, issu d’une famille d’artisans, Lucien Grangeon est en 1940 agent d’assurance quand il entre dans la Résistance. Il organise le maquis Vasio, qui comptera 250 hommes. Il est promu capitaine par le gouvernement d’Alger et a reçu la Médaille militaire et la Croix de la Résistance. Sympathisant socialiste, il se rapproche du Parti communiste à la libération. Il est exclu de la SFIO avec tous les adhérents de la section de Vaison.
En 1945, il est élu maire en avril et conseiller général en octobre. Il a été maire de Vaison de 1944 à 1947 et sénateur de 1946 à 1948 dans le groupe communiste.
Il est décédé à La Ciotat en 1975.



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