À l’occasion de l’intronisation de Sabine Garignon, exploitante du domaine du Gros Pata, dans la Confrérie des louchiers, nous publions ce texte d’Alain Fauqueur, président du Centre d’Information Culturelle et consultant international, spécialiste de la monnaie, sur l’histoire du Pata.
Il faut tirer le fil de l’histoire pour trouver le précurseur de « La Roue », nouvelle monnaie locale complémentaire de Provence [www.laroue.org], à condition de remonter à l’histoire du « Pata » !
Le viticulteur de Vaison-la-Romaine, route de Villedieu, porteur du nom sympathique de « Gros Pata », est aussi porteur d’une riche histoire qui nous vient de loin. Sur le côté de la ferme, on peut voir écrit encore aujourd’hui, que c’était le lieu de « l’Octroi de Vaison ». En venant de Villedieu, pour aller vers Vaison, en effet, il fallait s’acquitter de quelques « patas ». C’était une monnaie en cuivre avec les clés de Saint Pierre d’un côté et une croix sur l’autre face. La croix était « pattée », ce qui expliquerait le nom de « pata ».
Cette monnaie, appelée aussi « pata de clau » à Avignon, ou « Patard » dans le Comtat Venaissin, serait née en terre papale, mais postérieurement aux papes d’Avignon, sous Louis XI (1423-1483). Peut-être avant, mais alors d’autres archives antérieures resteraient à ouvrir. En tout cas, le monnayage était considéré comme souvent fruste et mal frappé au cours du pontificat du pape Grégoire XIII (1572-1585),Clément VIII (1592-1605) et jusqu’au pontificat d’Alexandre VII (1655-1667) inclus.
C’était une monnaie de faible valeur, mais très utilisée dans le Comtat Venaissin. Elle valait 4 deniers c’est-à-dire le tiers d’un Sol. Et il fallait 60 patas pour avoir une Livre. Cette petite monnaie contenait surtout du cuivre et un peu d’argent. Son pouvoir libératoire était limité, c’est-à-dire que sa valeur réelle était toujours inférieure à la valeur officielle et que son périmètre de circulation était local, comme son périmètre de confiance et de validation. Mais il participait aux liens de proximité et rendait donc plus étroits les rapports sociaux.
Au XIXe siècle on rencontre encore le Pata qui valait alors 2 sous et pouvait être appelée « décime ».
Les archives départementales, pour Entrechaux, rappellent que le 17 avril 1708, la mise aux enchères du service communal de boucherie (qui incluait l’abattage) imposait au gagnant, pour l’année considérée, de vendre la livre de mouton à 3 sols de Pata et la livre de bœuf 2 sols de Pata. Et le foie me direz-vous ? La livre de foie de chaque animal était au même prix que la viande. Le boucher avait un monopole et les villageois payaient une amende s’ils se fournissaient hors du village.
Le 11 novembre, également en 1708, à Entrechaux, le magnifique chêne destiné à devenir la poutre principale du moulin à huile communautaire, réquisitionné, était payé au propriétaire à qui on ne demandait pas son avis : 6 Livres et 15 Sols, moitié « en bonne et grosse monnoye » et « l’autre moitié en Patats ». Donc deux monnaies en concurrence ? De fait une monnaie est principale, l’autre est complémentaire et alternative.
C’est un peu comme sur le territoire de la Suisse où, aujourd’hui, les paiements se font souvent une partie en WIR et une partie en Franc Suisse ! Le WIR a été créé en 1934 et représente la plus ancienne monnaie complémentaire, à ma connaissance, monnaie « complémentaire » donc « subordonnée ». Noter qu’il existait en Bourgogne, en Flandres et ailleurs, une monnaie portant le même nom. Mais, au vu de ses caractéristiques, on peut douter qu’elle ait pu circuler entre toutes ces régions.
Alain Fauqueur
Photo : pata avignonnais Urbain VIII 1622-1644




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