Dans la nuit de vendredi à samedi, le rideau de l’entrée de la mairie a été tagué avec les inscriptions « mort au fascisme » et « ACAB », sans doute un débordement local des affrontements, des dégradations et des pillages qui se sont produits un peu partout en France.
La contestation politique est légitime dans une démocratie, mais elle ne justifie ni la dégradation des biens publics ni l’imposition de slogans sur un bâtiment appartenant à tous les citoyens. Le débat démocratique mérite mieux que des inscriptions qui dégradent le patrimoine collectif et substituent la provocation au dialogue.
L’acronyme ACAB (« All Cops Are Bastards », « Tous les flics sont des bâtards ») est un slogan anti-police dont l’origine remonterait à l’Angleterre ouvrière des années 1920 ou 1940. Son usage est attesté dans les prisons britanniques dès les années 1940, notamment sous forme de tatouages. Il traverse ensuite l’Atlantique et est repris par les bikers américains dans les années 1960.
Dans les années 1970-1980, le mouvement skinhead anglais contribue à sa popularisation. Le groupe punk Oi ! The 4— Skins participe à sa diffusion avec une chanson portant ce titre, au début des années 80. À cette époque, le slogan constitue notamment un signe d’appartenance identitaire, dans un contexte de tensions sociales et d’affrontements avec la police.
Au début des années 1990, des groupes de supporters ultras italiens, notamment à Padoue, le reprennent. Le slogan se diffuse ensuite dans les milieux du football, en Europe puis dans le monde, avant de retrouver une portée politique, notamment dans les mouvements d’extrême gauche, anarchistes et antiautoritaires. En France, il s’inscrit dans une longue tradition de contestation de la police, dont les racines remontent au XIXe siècle.
Écrit sur les murs, les vêtements ou les affiches, ACAB dénonce tantôt les violences policières, tantôt l’institution policière dans son ensemble et son rôle dans l’ordre politique et social. Il est aussi parfois codé sous la forme numérique 1312, correspondant au rang des lettres A, C, A et B dans l’alphabet. Il est considéré comme une insulte dans certains contextes. Enfin, l’acronyme a fait l’objet de détournements, avec des significations alternatives comme « All Cats Are Beautiful » (« Tous les chats sont beaux »).




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