ENTRECHAUX DE HAUT EN BAS (1795-1863)

Mercredi, en fin d’après-midi, Alain Fauqueur, l’historien du village, a donné sa deuxième conférence sur le thème « Entrechaux de haut en bas », devant une vingtaine de personnes. Le village a amorcé sa descente en 1792 après deux pillages du château : au mois de mai, puis le jour de la fête votive, en septembre.

Le seigneur d’Ailhaud était parti, laissant dans le village le souvenir d’une vie dissolue. Les fonctions de défense du village n’étaient plus assurées et des pillards pouvaient s’y installer. Le château a été progressivement démoli, pierre à pierre, comme les remparts, pendant deux générations par les habitants de la haute ville qui ont commencé à construire leurs nouvelles maisons, au pied de la colline, proches des puits et surtout au bord de la nouvelle route départementale. Une véritable déconstruction : par le maire Charasse en 1803, puis en 1817 par son beau-frère, entrecoupée par un achat-vente entre 1832 et 1833 par (les spéculateurs?) André Deville et Léo Charlon venus d’Annonay, suivis en 1833 par monsieur de Montfort pharmacien à Vaison, puis, en 1847 par les prélèvements du nouveau curé d’Entrechaux Antoine-Laurent-Philippe Dumont et enfin en 1862 par l’instituteur M. Delhomme.

Ce dernier construisit 430m² dans la « souville »pour les louer à la commune qui y installera sa nouvelle mairie et sa nouvelle école. M. Delhomme quelques années après vendra ce bâtiment à la mairie. Le curé Dumont fut aussi entrepreneur et banquier en faisant l’avance pour la construction de sa maison qu’il donnera comme presbytère et surtout de l’église, payée par la souscription des paroissiens et par les contribuables.

Hasard ou nécessité ? La nouvelle mairie, la nouvelle école et la nouvelle église ouvrent leurs portes dans la « souville », ensemble, en 1863 ! Autre période évoquée, les troubles après la Révolution.

Après les troubles de la Révolution, à Entrechaux comme ailleurs, c’est une période de « retour à l’ordre moral », marquée par le Code civil qui remplace les codes religieux et par le Concordat qui retire au pape son autorité sur le clergé, mais qui n’empêche pas, la même année, la réinstallation de l’esclavage que la Révolution avait aboli.

À Entrechaux, défense « de tirer sans permission des fusées, pétards, coups de fusil ou pistolet ; de chanter des chansons scandaleuses n’y d’offenser les bonnes mœurs et les citoyens ». Les fêtes patronales sont interdites, les manifestations religieuses limitées aux églises. Il est interdit de se masquer pour Mardi Gras, de laisser les chiens en liberté dans les vignes, de donner à manger et à boire pendant les heures de l’office divin.

La période se termine sous le Second Empire par : « Ordre, Propriété et Religion ». L’époque est aussi marquée par la difficile montée en force de l’enseignement que les congrégations religieuses voulaient se réserver malgré l’analphabétisme qu’elles avaient entretenu pendant des siècles. La demande d’enseignement était croissante, mais les travaux agricoles la limitaient en raison des besoins de bras.

Même les adultes étaient demandeurs à la fin du XIXe siècle. La scolarisation des filles était méprisée : l’ancienne école humide et abandonnée était suffisante pour elles ! Finalement le nombre d’enfants du village scolarisés est passé d’une trentaine à plus de 100 à la fin du siècle.

L’enseignement était sujet d’affrontements violents, avec des pièces de théâtre pour les enfants qui tournent en ridicule l’enseignement laïc, par des invectives en chaire, et par la volonté déclarée de restaurer les valeurs de l’Ancien Régime de la part des curés. Dans les années 1830, le curé Jean-Joseph André fait l’objet de deux pétitions demandant son départ. Le curé Dumont est accusé d’avoir volé des pierres de l’ancien château du marquis de Brantes, mais il demande au préfet que l’on change le maire du village qui ne lui convient pas. Le curé Hugues qui lui succède fera l’objet également de deux pétitions pour demander son départ. Il s’engageait en faveur des royalistes et déclarait que le scandale de Panama résultait de « l’école sans Dieu ». En 1889 ouvrait le nouveau bâtiment de l’école publique, mixte, laïque, gratuite et obligatoire, celle de la jeune 3e République.

 

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