Réuni hier soir à Cairanne, le conseil communautaire a voté à l’unanimité une motion de soutien aux pharmaciens. Ceux-ci sont fermés aujourd’hui pour protester contre le projet du gouvernement d’autoriser la vente de certains médicaments en grande surface. Ils suspendent leur participation aux services de garde de nuit et de dimanche, qui seront assurés par des pharmaciens réquisitionnés par le préfet.
Le texte de la motion
Monsieur le Président expose que, suite à un rapport de l’Inspection générale des finances, un projet de loi est actuellement à l’étude pour réformer le système des professions règlementées. L’objectif affiché est de permettre de faire baisser le prix des services concernés jusqu’à 20% et d’augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs.
Celui-ci prévoit notamment :
D’autoriser la vente de médicaments sans ordonnance et non remboursables en grande surface (les PMF : Prescription médicale facultative)
De permettre la libre installation des officines : L’État veut mettre fin à l’installation règlementée des pharmacies. Selon les lois en vigueur, les officines sont réparties sur le territoire selon le nombre d’habitants.
D’ouvrir le capital des sociétés libérales : il s’agirait d’ouvrir le capital des sociétés d’exercice libérales (SEL) à des investisseurs, autres que les professionnels de la santé.
Monsieur le Président poursuit en indiquant que la communauté de communes, en tant qu’acteur économique du territoire, a été sensibilisée par les pharmaciens aux dangers que ferait peser une telle réforme sur l’avenir de nos pharmacies rurales.
Les arguments justifiant l’inquiétude de la profession sont en effet nombreux :
La santé n’est pas un produit de consommation ; les médicaments ne sont pas un bien de consommation courante : les pharmacies sont tenues par des professionnels expérimentés qui ont suivi 6 ans d’études pour exercer leur spécialité. Ils connaissent les effets indésirables et les interactions des médicaments remboursables ou non remboursables. Lorsqu’ils exercent dans une pharmacie, ces professionnels sont inscrits à l’Ordre et ont l’obligation de se former chaque année et de s’informer de toutes les innovations thérapeutiques. Ils acquièrent aussi une forte expérience en délivrant chaque jour des dizaines de traitements. Ils sont ainsi à même d’accompagner au mieux les consommateurs en toute sécurité.
En donnant aux pharmaciens le monopole de la délivrance des médicaments, l’État a voulu sécuriser la chaîne du médicament, de la production à la délivrance aux patients dans les pharmacies.
Ce système permet aux pharmacies de ne jamais délivrer des médicaments de contrefaçon et d’assurer une traçabilité des boites vendues. Un rappel de médicament sur un lot défectueux peut ainsi être réalisé en moins de 4 heures.
Toutes les pharmacies sont contrôlées par les inspecteurs en pharmacie. Ces contrôles seront impossibles en grande surface.
Les pharmaciens peuvent refuser de délivrer un médicament s’ils estiment que cela met en danger le patient. Ils ont à ce titre une bonne connaissance de leur clientèle, de leurs traitements, de leur parcours de santé ainsi que des autres professionnels de santé qui suivent le patient (médecin, infirmière, kiné, hôpital…). Seuls les pharmaciens en officine disposent du dossier pharmaceutique qui leur permet de savoir quels sont les traitements prescrits et les médicaments non prescrits délivrés au patient auparavant.
Les Syndicats de médecins ont pris position contre la vente des médicaments en grande surface.
Les pharmaciens craignent la désertion de certains endroits, et l’émergence de « déserts médicaux », comme dans les zones rurales : Le monopole actuel a des contreparties : les pharmaciens doivent s’installer selon des règles précises prévues par l’État. Ils doivent ainsi desservir au moins 2 500 habitants. Ce qui explique que dans de nombreuses petites communes, une pharmacie existe, alors qu’il ne reste plus de médecins. Cette règle a été mise en place pour rendre accessibles les médicaments de façon homogène sur tout le territoire national.
Aussi, au vu des arguments développés ci-dessus,
Le conseil communautaire, ouï l’exposé du Président,
EXPRIME SON SOUTIEN à la profession des pharmaciens, dans leur volonté de préserver l’essence même de leur activité : le service de qualité aux patients,
SOUHAITE ALERTER LES POUVOIRS PUBLICS sur les dangers sanitaires et économiques qu’engendrerait le projet de loi sur le système des professions règlementées tel qu’il est envisagé à ce jour : si les médicaments non remboursés sont vendus en grande surface, les pharmacies perdront une partie de leur activité, avec pour conséquences, des difficultés encore plus grandes et des fermetures dans les zones rurales et sensibles.
ESTIME qu’il conviendrait par ailleurs de s’appuyer sur le réseau performant des pharmaciens pour relever le défi du vieillissement de la population, des sorties hospitalières plus précoces et du suivi des patients chroniques complexes à leur domicile.




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