« Au départ c’est en Nouvelle-Zélande que je voulais aller, mais c’est du Groenland qu’est venue l’offre d’un poste de consultant en international. J’ai postulé, la réponse a été positive, un rendez-vous a été fixé, les frais de voyage aller-retour pris en charge par la société, je suis donc parti. Après deux jours de voyage, l’avion s’est posé à Nuuk la capitale. Il faisait gris et très froid, moins 20°. Quelque chose dans le paysage me choquait, mais je n’arrivais pas à savoir quoi. Au bout de quelques heures j’ai trouvé, je voyais des maisons, des fjords, des gens, mais aucun arbre se souvient Drissia.
« Je me suis rendue à mon entretien avec le directeur de projet et me voici embauchée dans la société Inuk Média Design.
C’était en 2005. J’ai par la suite occupé d’autres fonctions, dont directrice adjointe de l’office du tourisme, responsable dans les croisières de luxe, formatrice de guides, traductrice, j’ai travaillé pour l’Ambassade de France. J’ai été très bien accueilli par les Groenlandais. L’année 2012 a été très importante pour moi, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari, un Danois, j’ai repris mes études, passé un master en sciences de l’environnement des territoires et des économies, master 7, spécialité des études arctiques. Le 6 décembre 2012, je suis à Paris pour la remise des diplômes à l’Université Versailles St Quentin. Je suis sortie major de promotion avec mention très bien.
J’étais totalement fascinée quand je suis arrivée à Kangerlussuaq (l’aéroport international). Il faisait froid, je n’étais pas du tout équipée pour le Groenland en partant de Vaison-la-Romaine et je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si je n’étais pas en train de rêver et si cette aventure n’était pas pure folie. Les gens babillaient dans une langue (ou plutôt 2 langues) totalement inconnues, les gens se reconnaissent et se font des accolades, une impression de chaleur émanait de tout ça malgré le froid. Tout le monde s’est montré gentil et accueillant et très curieux. Mes différentes expériences professionnelles m’ont fait rencontrer beaucoup de monde et donné une place réelle dans la société groenlandaise. Pour une fois j’étais peut-être une étrangère, une immigrante, mais aucun stigmate ou préjugé culturel ne me collait à la peau. On me regardait comme un être humain (Inuk / Inuit), à moi de faire mes preuves et de gagner ma place dans la société. »
Ainée d’une famille de quatre enfants, Drissia El Yousfi, Vaisonnaise d’origine marocaine, est une jeune fille sage qui a obtenu un BTS d’assistante de direction, suivi d’un diplôme de langues étrangères appliquées. Pendant les vacances scolaires, elle travaille dans une agence de location en tant qu’agent immobilier. Tout bascule à la suite d’un accident de voiture. S’ensuivent de gros problèmes de santé. Son moral est au plus bas. Entre deux séances de kinésithérapie, elle recherche sur Internet des offres d’emploi à l’étranger.
« J’ai rencontré mon mari lors d’une randonnée dans un lieu qui s’appelle et je n’invente rien, La Vallée du Paradis! Nous nous sommes recroisés à plusieurs reprises pendant plus d’un an en mettant ça sur le compte de coïncidences. Au bout d’un an, nous avons décidé d’arrêter de nous éviter et de nous donner une chance de nous connaître. Mon mari m’a tout de suite proposé de l’épouser malgré toutes nos différences, aucun obstacle potentiel ne lui faisait peur. Au bout du compte j’étais la plus inquiète, un peu prisonnière de mes propres préjugés vis-à-vis des miens et pour rien! Mes parents et mes proches ont tout de suite accepté mon choix et donné leur bénédiction. Ils sont même allés au-delà de la bénédiction, ils nous ont donné une totale acceptation malgré toutes les barrières qui auraient pu se dresser, faisant preuve de respect, d’amour et de tolérance, nous leur en sommes reconnaissants et les en remercions tous.
J’ai maintenant trente et un ans et beaucoup de projets pour l’avenir. Je suis pleinement heureuse de mon choix de vie. Je reviens régulièrement voir ma famille qui est ici à Vaison-la-Romaine, mes parents sont fiers de mon parcours et je ne les remercierai jamais assez de m’avoir laissé prendre mon envol » conclus Drissia El Yousfi Thestrup.



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