« Robot », de Bianca Li, est un spectacle dérangeant qui pose des questions sans apporter de réponses. Conçu pour huit danseurs et huit machines, il met aussi en scène des robots humanoïdes de petite taille.
Les danseurs, remarquables, cohabitent avec les machines, adoptent leur rythme ou s’y opposent. Leur travail est difficile, très différent de ce que l’on demande habituellement, des mouvements fluides et harmonieux. Dans « Robot ! » ils doivent calquer leur gestuelle sur celle des machines.
Le spectacle interroge sur les rapports entre l’homme et la machine, l’asservissement de l’homme à la machine.
Si au début, la musique est une bande enregistrée, elle est ensuite jouée par des machines conçues par le collectif japonais Maywa Denky, électromécaniques, sans électronique. Elles sont reliées aux coulisses et à leurs commandes par des câbles. Électromécaniques, électroniques ou informatiques, à vrai dire cela ne change rien au spectacle, ce qui importe c’est ce qui est sur le plateau, pas la façon dont c’est géré.
Véritables créations artistiques, elles surprennent par leur esthétique et leurs sons. Leurs mouvements mécaniques soulignent la dépendance des danseurs à leur égard, elles les dirigent.
L’arrivée des NAO, robots humanoïdes de 58 cm de haut conçus par la société française Aldebaran Robotics met une peu de poésie et d’émotion dans un spectacle qui avait jusque la une tonalité plutôt « industrielle », qui semble parfois faire un clin d’œil aux « Temps modernes » de Chaplin.
Les premiers pas du NAO sont applaudis par le public. Moment gênant : on n’applaudit pas les concepteurs, on applaudit une machine qui accomplit ce pour quoi elle a été conçue, un peu comme si l’on applaudissait sa machine à laver à la fin de l’essorage. Et témoignage de la confusion qui se répand entre l’homme et la machine. La gêne est d’autant plus prégnante qu’un des robots musicaux est muni de deux « mains » qui frappent l’une dans l’autre, et qu’une partie du public imite. Bel exemple de soumission, ou d’assimilation, chacun choisira.
Bianca li, qui a osé la première faire cohabiter sur scène robots et danseurs, a réussi son pari : nous faire nous interroger sur nos relations avec les machines, de plus en plus sophistiquées, de plus en plus « intelligentes », et dont nous dépendons de façon inconsciente.



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