Éva Vermeerbergen, peintre à Séguret, a traduit « Le dernier jour d’un condamné » et l’a présenté à Roberto Alagna à l’occasion de la représentation de l’opéra du même nom. Cette œuvre fait partie de l’exposition de l’artiste séguretaine « Carrefours du monde », qui est actuellement accroché aux cimaises de l’Opéra d’Avignon, jusqu’au 30 avril.
L’opéra théâtre du Grand-Avignon a consacré pour la première fois en France « Le dernier jour d’un condamné », en version scénique. Un ouvrage né de la plume des trois frères Alagna pour le livret qui reprend le thème cher à Victor Hugo, la lutte contre la peine de mort. Roman écrit en 1829 à la suite de sa déclaration à l’Assemblée Nationale. La musique est signée de David Alagna et on retrouve dans le rôle-titre le ténor Roberto qui signait ainsi son retour dans la ville des papes après 26 ans.
David Alagna a l’idée originale de créer une dualité entre les pensées du prisonnier du XIXe siècle et d’une femme dans les couloirs de la mort aux États-Unis où ailleurs. Là où la mort rôde quand un justiciable entre dans une cour d’assises. Le parallèle des situations fonctionne, les pensées des deux condamnés se confondent. Les personnages évoluent dans leurs réflexions se rapprochant du divin quand les heures de vie se réduisent.
Pour traduire le drame, David Alagna s’appuie sur une musique romantique, on entend Schubert, on retrouve aussi Francis Poulenc. Il attend un grand duo entre les deux voix, il ne vient pas, on se dit qu’il aurait été le bienvenu. Roberto Alagna se coule dans ce personnage, il lui apporte sa volonté, ses craintes, ses peurs, le ténor français défend son opéra mieux que quiconque : phrasé, endurance, timbre, couleurs. Le chanteur a démontré avoir retrouvé la santé vocale. Le public ne peut que s’en réjouir. Lui qui prendra le rôle d’Otello de Verdi à Orange les 2 et 5 août. Le rôle du Maure étant lourd et dramatique à souhait.
Le soprano Adina Aaron se met au diapason du ténor, sa prononciation est claire, ses arias portent ses douleurs et ses peurs.
Tous les autres rôles sont à la hauteur du drame, d’autant que les nombreux solistes apparaissent peu et qu’ils doivent tout donner pour ne pas laisser déraper la scène. C’était l’occasion d’entendre la progression scénique lyrique de la basse Luc Bertin-Hugault.
La mise en scène revenait à Nadine Duffaut qui s’appuie clairement sur cette transposition intemporelle de l’ouvrage, elle propose une lecture propre du drame, sans fioriture. Sa bonne idée était de mettre en scène la lecture de la déclaration solennelle de Victor Hugo.
La scénographie d’Emmanuelle Favre se construit sur un plateau, mis en lumière par Philippe Grosperrin. Il est divisé en deux comme chaque cellule. Derrière une cour où d’autres victimes attendent leur tour. Nadine Duffaut glisse sur la scène deux enfants, un noir un blanc, qui cherchent leur parent enfermé. Au final, deux petites filles viennent s’agenouiller devant les cadavres du père et de la mère, pour mieux marquer la culpabilité des sociétés qui soutiennent la peine de mort.
Quand la mère chante au moment d’aller au gibet «Il ne faut pas tuer la mère d’un enfant… », cela suffisait, le tableau final suffisait sans appuyer plus encore sur le trait.
L’exposition « Carrefour des mondes » est visible jusqu’au 30 avril. Renseignement au 04 90 82 42 42.
Voir aussi : http://operagrandavignon.fr/animations-culturelles/expositions/



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