L’EXPOSITION DE LA DISCORDE

Deux artistes, Kseniya Kravtsova et Claire Beillard, exposent en ce moment dans la cathédrale de la Haute Ville, invitées par « Les Amis de l’Église de la Cité Médiévale » (AECM) qui organise tout l’été un cycle d’expositions « Art dans nef ».

Une des œuvres  de Kseniya Kravtsova créée la polémique. « La démolition du monde », une installation placée dans une des chapelles, dérange certains. Deux visions s’affrontent : pour les uns, l’installation a une réelle valeur artistique, et ses teintes s’intègrent bien au décor de la chapelle. Pour les autres, elle ressemble a un tas de détritus et n’a pas sa place dans une église, religieusement toujours en service.

L’art contemporain ne se déchiffre pas, comme l’art classique, à travers des codes, et chacun est libre de ses interprétations.

L’artiste a été priée de déplacer son œuvre, ce qu’elle refuse. Elle préférerait plutôt tout enlever.

Mais le problème semble plus venir des règles d’utilisation de l’espace imposées aux artistes, et de difficultés de leur communication, que d’interprétation artistique ou de sensibilité religieuse, éminemment personnelles !

Les expositions se font après accord entre l’association, la commune, propriétaire des lieux, et les autorités religieuses, qui en ont l’usage. Et cet accord prévoit que les chapelles doivent rester libres. L’artiste affirme ne pas en avoir été informée. On peut la comprendre, une précédente exposition (lire ici)  avait utilisé les chapelles sans créer de remous. Mais la règle reste la règle.

Rappelons que l’AECM a œuvré pour permettre la réouverture du monument au public en finançant largement les travaux. Il était fermé pour des raisons de sécurité depuis plusieurs années. Les manifestations organisées permettent de continuer les restaurations, qui se chiffrent en dizaines de milliers d’euros. Il ne faudrait pas que cette triste polémique incite les acteurs qui autorisent les manifestations dans l’église, concerts ou expositions, à refuser à l’avenir ces autorisations, ce qui mettrait en péril l’avenir de la restauration de l’église, et aussi priverait les artistes d’un lieu d’exposition remarquable, et remarquablement fréquenté.

À côté de cette œuvre polémique, l’artiste expose son travail souvent à base de céramiques et de papier issu de livres anciens. Ces œuvres fragiles et délicates « parlent de la terre vivante et de la féminité ».

L’autre artiste qui expose dans l’église, Claire Beillard, propose un travail autour du thème de la traversée, « traversée symbolique entre deux lieux, mais aussi traversée intérieure ». Elle est représentée par des barques façonnées en plomb. Elle a ajouté aussi des chaises venues d’une autre installation et des céramiques, le tout produisant une impression étrange et décalée, parfaitement réussie.

L’exposition est ouverte de 11 h à 19 h jusqu’au 10 juin.

 

GALERIE PHOTO –   ©   (cliquez sur les images pour les ouvrir ou les faire défiler).

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