Un hip-hop en costume-cravate, entre humour et virtuosité

Pour ce festival Vaison Danses 2026, le théâtre du Nymphée-Léonard Gianadda et ses 400 places ne désemplissent pas. Vendredi dernier, l’association des amis de Vaison Danses proposait « Costard » la première pièce du chorégraphe Hafid Sour qui venait pour la première fois à Vaison-la-Romaine.

Comme dans les music-halls du temps passé, on a eu droit à un spectacle en deux parties. En introduction, ce sont les jeunes danseurs de Danse Mouvance, le centre de formation de l’Isle-sur-la Sorgue qui ont offert une interprétation de quelques extraits de Folia, une pièce chorégraphiée par Mourad Merzouki sur des musiques traditionnelles napolitaines que le public avait appréciée au théâtre antique lors de la saison 2022.

Aux couleurs de Folia a succédé la dominante noir et blanc de Costard avec ces six danseurs en costume cravate, dirigés par Hafid Sour, ancien danseur des Pokémon Crew, du Cirque du Soleil, de Käfig, la compagnie de Mourad Merzouki. C’était la proposition hip hop de Vaison Danses 2026 à laquelle tenait particulièrement le directeur artistique du festival, Pierre-François Heuclin.

Un thème et variations sur le rôle des apparences qui renvoient à la propre vie du chorégraphe lyonnais dont la maman souhaitait pour son fils un avenir professionnel en costume cravate !

Au début nous sommes dans l’obscurité presque totale. Les visages masqués des protagonistes et la musique abyssale qui les accompagnent ne laissent pas prévoir la suite. Des messages d’actualité loufoques et le ton est donné. Lorsqu’arrive un monceau de vestes sur un portemanteau, chacun s’habille, mais un seul n’a pas de pochette. Il fait figure de paria et la suite s’enclenche avec des scènes de rivalité ou au contraire de solidarité. Des solos époustouflants, un hip hop gracieux sans brutalité, une scène d’anthologie avec des ventilateurs et la danse des mouchoirs… L’une des spectatrices résume ses impressions : « c’est plaisant, il y a de beaux gosses, et c’est plein d’humour ».

Au fil des tableaux, les costumes cessent d’être un signe de conformité pour devenir un véritable terrain de jeu chorégraphique où l’élégance côtoie la dérision. Entre virtuosité technique, autodérision et émotion, Hafid Sour livre une pièce accessible qui parle à tous des apparences, de l’exclusion et de la place de chacun dans le groupe. Une première vaisonnaise particulièrement réussie, saluée par de longs applaudissements, qui confirme une nouvelle fois la capacité de Vaison Danses à faire dialoguer les esthétiques et à ouvrir son public à toutes les formes de la danse contemporaine.

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